Avant de tenir dans un portefeuille, la Suisse monétaire a tenu dans une multitude de bourses. On y trouvait des pièces locales, des écus étrangers, des unités dont la valeur changeait d’un lieu à l’autre. Le franc fédéral a donné à cet espace une mesure commune. Ses billets ont ensuite appris à montrer le pays : par ses figures, ses savoirs, ses paysages et ses gestes.
Avant le franc : compter entre plusieurs mondes
Traverser un col, rejoindre une foire, payer une dette : dans l’ancienne Confédération, ces gestes ne supposent pas l’existence d’une monnaie nationale. Des villes, des cantons, des princes-évêques et des abbayes possèdent des droits de frappe. L’autorité qui garantit une pièce peut être proche ; le métal dont elle est faite, lui, circule beaucoup plus loin. Zurich, Berne, Bâle ou Genève appartiennent à des réseaux commerciaux qui dépassent les frontières de la Suisse actuelle.
Deniers, pfennigs, batz et kreuzers composent un vocabulaire mouvant. Les grosses espèces d’argent, dont les thalers et les écus, côtoient les petites monnaies nécessaires au marché. Il faut distinguer la monnaie de compte, dans laquelle on inscrit un prix, de la pièce effectivement remise au vendeur. Deux objets portant un nom voisin ne possèdent pas nécessairement le même poids ni le même titre — la proportion de métal précieux.
Cette diversité n’est pas seulement un désordre. Elle raconte des souverainetés locales et des appartenances économiques : le sud des Alpes regarde vers les ateliers et les marchés italiens, d’autres régions vers la France ou les pays germaniques. Les accords monétaires cherchent à faciliter les échanges sans abolir ces autonomies. Une pièce cantonale est donc aussi une petite archive politique : ses armes et ses inscriptions disent qui entend garantir sa valeur.
Références : Dictionnaire historique de la Suisse · Monnaies · DHS · Monnaie / Geld / Moneta · Musée national suisse · The franc and its predecessors
Une première unité, puis le retour des cantons
La République helvétique, instaurée en 1798, tente une centralisation monétaire. Son franc vaut dix batz ou cent centimes. Le nom et la division décimale annoncent une transformation durable, mais ce franc ne doit pas être assimilé au franc fédéral créé un demi-siècle plus tard : les définitions métalliques et les contextes institutionnels diffèrent.
Après 1803, les cantons retrouvent leur rôle monétaire. L’épisode helvétique laisse une expérience d’unification, sans avoir remplacé toutes les espèces en circulation. Les monnaies étrangères restent indispensables aux échanges. Le choix entre le franc français et les systèmes du florin de l’Allemagne du Sud ne relève donc pas d’une préférence abstraite : il engage les habitudes de commerce et les comptes de régions entières.
La Constitution de 1848 change l’échelle de la décision. La Confédération reçoit le droit exclusif de battre monnaie. Construire l’État fédéral, c’est aussi rendre les prix, les recettes publiques et les contrats plus facilement comparables. L’unité politique appelle un instrument quotidien que chacun puisse reconnaître.
Références : Dictionnaire historique de la Suisse · Monnaies · DHS · Monnaie / Geld / Moneta
1850 : une réforme se mesure dans la poche
La loi du 7 mai 1850 institue le franc suisse, divisé en cent centimes. Le système retenu s’aligne sur le franc français : l’unité d’argent correspond initialement à cinq grammes au titre de neuf dixièmes, soit 4,5 grammes d’argent fin. Le choix ouvre la nouvelle monnaie à un espace de circulation déjà familier ; il ne crée pas une île monétaire.
La réforme est une opération matérielle autant que juridique. En 1851 et 1852, il faut retirer les anciennes espèces, appliquer des équivalences, remplacer le numéraire et refaire les habitudes de caisse. Les premiers francs sont frappés à Paris et à Strasbourg, faute de moyens de production suisses suffisants. La Confédération reprend ensuite l’ancien atelier bernois en 1853 ; la frappe fédérale à Berne commence en 1855.
Sur les pièces, l’Helvetia assise, gravée par Antoine Bovy, donne un visage à l’unité nouvelle. L’allégorie permet de représenter la Confédération sans choisir un canton ou un souverain. Le latin de « Confoederatio Helvetica », auquel renvoie le code CHF, offre un autre moyen de désigner le pays au-delà de ses langues. L’unification est forte, mais progressive : les pièces étrangères continuent de compléter la circulation.
Fiche source · Droits
Références : DHS · Franken · Swissmint · FAQ · DHS · Monnaie / Geld / Moneta
L’Union latine : une Suisse monétaire ouverte
En 1865, la Suisse conclut avec la France, la Belgique et l’Italie la convention qui fonde l’Union monétaire latine. La Grèce les rejoint en 1868. Des standards communs de poids et de titre rendent certaines monnaies métalliques compatibles. Un franc suisse et une lire italienne peuvent ainsi appartenir à un même cadre monétaire, tout en portant des images nationales différentes.
Ce n’est ni une banque centrale commune ni une monnaie unique au sens contemporain. Chaque État conserve ses institutions et ses billets. L’accord porte sur des espèces métalliques définies, avec des règles et des limites ; il ne rend pas toutes les formes de monnaie interchangeables sans condition. Pour la Suisse, il prolonge une circulation transfrontalière préexistante.
Le système s’appuie d’abord sur l’or et l’argent. Quand le prix relatif des métaux se modifie, la frappe et la circulation se déséquilibrent. Les restrictions frappant l’argent font progressivement de l’or la référence dominante. La guerre de 1914 achève de bouleverser cette architecture. La dissolution de l’Union prend effet le 1er janvier 1927 : l’histoire du franc se poursuit désormais hors de ce cadre, sans que l’attachement à l’or disparaisse aussitôt.
Références : DHS · Monnaie / Geld / Moneta · Swissmint · FAQ
1907 : réunir les billets après les pièces
La monnaie métallique est devenue fédérale en 1850 ; l’émission des billets demeure longtemps répartie entre plusieurs banques. Un billet est d’abord la promesse d’un établissement. Sa circulation dépend de la confiance qu’on accorde à celui-ci et de son acceptation ailleurs. Une unité commune ne suffit donc pas à rendre le papier parfaitement uniforme.
Le monopole fédéral d’émission est inscrit dans la Constitution en 1891. Il faut encore résoudre la question de l’organisme qui l’exercera. La Banque nationale suisse ouvre ses guichets le 20 juin 1907. Sa forme de société anonyme régie par une loi spéciale, ses sièges à Berne et à Zurich et la participation des cantons à son capital et à ses bénéfices traduisent un compromis fédéral.
L’institution rapproche le billet de l’ensemble de l’économie suisse. Elle doit assurer les paiements et conduire la politique monétaire, dans un monde où l’or sert encore de point d’ancrage. Les premières coupures de la BNS sont pourtant des billets de transition : l’unification institutionnelle va plus vite que la création graphique d’une série entièrement nouvelle.
Références : DHS · Banques d’émission · SNB · How long has the Swiss National Bank existed? · SNB · Past banknote series
Les guerres et les limites de la stabilité
En 1914, la convertibilité des billets en or est suspendue. Les tensions d’approvisionnement et le renchérissement de la vie touchent aussi la Suisse neutre. Le papier joue un rôle accru, tandis que les métaux précieux sont thésaurisés. La stabilité ne peut se lire dans la seule continuité du nom « franc » : un même nom peut recouvrir une évolution sensible du pouvoir d’achat.
L’entre-deux-guerres cherche à reconstruire un ordre monétaire autour de l’or. La Suisse retrouve la parité d’avant-guerre, de fait en 1924, puis juridiquement en 1930. Pendant la Grande Dépression, défendre cette parité contribue aux pressions déflationnistes : la baisse des prix s’accompagne de difficultés pour la production et l’emploi. Le 26 septembre 1936, le Conseil fédéral décide une dévaluation d’environ 30 %. C’est un changement de parité, pas une disparition immédiate de toute référence à l’or.
La Seconde Guerre mondiale impose un autre examen. Le franc convertible et la place financière suisse facilitent des transactions internationales dans une Europe soumise aux contrôles et à l’occupation. La BNS achète de l’or à la Reichsbank, dont une partie provient des réserves pillées dans les pays occupés. Les recherches de la Commission indépendante d’experts ont établi la gravité de ces opérations et les questions qu’elles posent sur les connaissances et les responsabilités des acteurs. Une histoire respectueuse de la Suisse doit intégrer cet épisode, en distinguant l’explication du contexte monétaire de la justification des pratiques.
Références : BNS · Chronique monétaire · SNB · Gold standard, deflation and depression (2003) · Commission indépendante d’experts · Final Report (2002) · SNB · Gold transactions in the Second World War (1999)
Du monde de l’or aux changes flottants
Après 1945, le système de Bretton Woods organise les grandes monnaies autour de parités liées au dollar, lui-même convertible en or pour les autorités monétaires étrangères. La Suisse reste alors en dehors du Fonds monétaire international — elle n’y entre qu’en 1992 — tout en inscrivant sa politique dans cet environnement de changes fixes. Ne pas être membre ne signifie pas vivre à l’écart du système.
Les tensions internationales et les mouvements de capitaux rendent la défense des parités de plus en plus difficile. En janvier 1973, la Suisse laisse flotter le franc. La politique monétaire peut davantage se concentrer sur la stabilité des prix à l’intérieur du pays, mais doit désormais composer avec les variations du cours extérieur. Les années d’inflation montrent que ce changement de régime ne dispense pas de choix difficiles.
Il faut distinguer cette rupture pratique de la dernière séparation juridique avec l’or. En 2000, la nouvelle organisation du droit monétaire supprime les obligations qui rattachaient encore le franc au métal. Les réserves d’or restent un actif de la BNS ; elles ne constituent plus une promesse d’échanger chaque billet contre un poids fixe de métal. La garantie du franc repose désormais sur les institutions et leur politique, plutôt que sur une convertibilité métallique.
Références : SNB · The Swiss National Bank 1907–2007 · SNB · How long has the Swiss National Bank existed? · BNS · Chronique monétaire · SNB · Quarterly Bulletin 1/2000
Une réputation construite, et ses contreparties
La réputation du franc s’est formée dans la durée : continuité institutionnelle, confiance dans les paiements, stabilité des prix sur de longues périodes et insertion dans les échanges internationaux y contribuent. Elle n’est ni une propriété naturelle du pays ni la promesse d’un cours toujours favorable. La dévaluation de 1936 et les épisodes d’inflation interdisent de raconter une stabilité sans rupture.
En période d’incertitude, la demande de francs peut augmenter fortement. Cette confiance devient alors une difficulté pour les entreprises dont les recettes sont en devises et les coûts en francs, ou pour celles qui affrontent la concurrence étrangère. Une monnaie recherchée peut peser sur l’activité qui participe à sa réputation.
Le 6 septembre 2011, la BNS fixe un cours plancher de 1,20 franc pour un euro afin de limiter une appréciation jugée excessive. Elle y renonce le 15 janvier 2015, dans un environnement international profondément modifié. Ces deux dates montrent une banque centrale confrontée aux conséquences mêmes de l’attrait de sa monnaie. Elles appartiennent à l’histoire du franc ; elles ne sont pas un cours de change actuel ni une prévision.
Références : SNB · Minimum exchange rate, 6 September 2011 · SNB · After the minimum exchange rate (2015) · SNB · How long has the Swiss National Bank existed?
Le billet entre dans l’atelier des peintres
Au début de la BNS, le billet doit d’abord pouvoir circuler. La série de transition de 1907 reprend des modèles déjà éprouvés. Avec la deuxième série, à partir de 1911, la commande monétaire devient aussi une commande artistique. Ferdinand Hodler conçoit les images du bûcheron et du faucheur ; Eugène Burnand celles des brodeuses et de la fonderie. Le travail, ses gestes et ses corps donnent une présence humaine à la valeur abstraite.
Ce choix est culturel. Dans une monnaie fédérale, les scènes de travail peuvent proposer une communauté d’expérience au-delà des langues. Elles relient le monde agricole, l’artisanat et l’industrie, mais constituent aussi une sélection de ce que l’institution souhaite montrer. Un billet n’est jamais une image exhaustive de la société.
Les séries suivantes rappellent que la numérotation n’est pas un calendrier simple des portefeuilles. La troisième série réunit des billets de guerre et des projets de réserve. La quatrième, conçue avec Victor Surbek et Hans Erni, n’entre jamais en circulation. Une banque centrale prépare aussi des images pour une urgence qui peut ne pas survenir. Distinguer billet émis, épreuve et réserve est indispensable à une lecture numismatique juste.
Fiche source · Droits
| Série / repère | Conception et portée |
|---|---|
| 01 · 1907 | Billets de transition : continuité avec les modèles des banques d’émission. |
| 02 · 1911 | Hodler et Burnand : scènes de travail, peinture et imaginaire collectif. |
| 03 · 1918 | Billets de guerre et de réserve ; émissions échelonnées, dont le Pestalozzi en 1930. |
| 04 · 1938 | Surbek et Erni : série de réserve, jamais mise en circulation. |
| 05 · 1956 | Eidenbenz et Gauchat : portraits, cycles de la vie et cohérence des deux faces. |
| 06 · 1976 | Ernst et Ursula Hiestand : personnalités et savoirs, six coupures émises. |
| 07 · 1984 | Roger et Elisabeth Pfund : dernière série de réserve, jamais émise. |
| 08 · 1995 | Zintzmeyer : arts, composition verticale, conception numérique ; rappel en 2021. |
| 09 · 2016 | Pfrunder : gestes, globe et six facettes de la Suisse ; émission achevée en 2019. |
Les dates de série désignent un ensemble, pas la date d’émission de chaque coupure.
Références : SNB · Past banknote series
1956 : un objet quotidien peut parler du temps
Avec la cinquième série, le billet affirme une ambition d’ensemble. Hermann Eidenbenz dessine notamment les coupures de 10 francs, à l’effigie de Gottfried Keller, et de 20 francs, avec le général Dufour. Pierre Gauchat conçoit les quatre valeurs supérieures, mises en circulation en 1957. La cohérence entre les deux faces devient un principe structurant, plutôt qu’un simple rapprochement d’ornements.
La récolte des pommes, saint Martin, la fontaine de jouvence et la danse macabre proposent des récits sur la nourriture, le partage, l’âge et la mort. Sur les 1000 francs, l’association d’une forte valeur et d’une danse macabre produit une tension remarquable : l’objet qui conserve une richesse rappelle aussi la limite de toute possession. C’est une lecture culturelle de la composition, non une fonction économique du billet.
Les grands formats de cette génération donnent de l’espace à l’image ; ils occupent aussi davantage la main et le portefeuille. La couleur et les dimensions contribuent à reconnaître les coupures. L’histoire du graphisme monétaire est inséparable de cette expérience physique : voir, distinguer, plier, compter et transmettre.
Références : SNB · Past banknote series


1976 : le savoir compose la page
La sixième série, émise à partir de 1976, met en relation une personnalité et son domaine de recherche. Le portrait n’est pas isolé comme une médaille : il conduit vers des instruments, des organismes, des diagrammes ou des paysages. Avec Ernst et Ursula Hiestand, le billet devient un espace de lecture construit, où le regard passe du visage à la connaissance.
Euler, de Saussure, Gessner, Borromini, Haller et Forel composent un ensemble traversant plusieurs disciplines et plusieurs régions culturelles. La précision graphique rapproche ici la sécurité et la pédagogie : les détails sont à la fois des signes difficiles à reproduire et des éléments à observer. Le papier donne une forme familière à des savoirs qui ne le sont pas toujours.
La présence sur un billet témoigne d’un choix d’époque, pas d’une approbation de toutes les idées de la personne représentée. Chez Auguste Forel, les recherches sur les fourmis et le cerveau côtoient ainsi des positions eugénistes, documentées par le Dictionnaire historique de la Suisse. Le billet montre une contribution scientifique ; il ne dispense pas de lire la biographie entière. La septième série, dessinée par Roger et Elisabeth Pfund comme réserve, n’est jamais émise. Elle est la dernière série de réserve : l’amélioration continue des protections prendra ensuite une place centrale.
| Valeur | Sixième série · dès 1976 | Valeur | Huitième série · dès 1995 |
|---|---|---|---|
| 10 | Leonhard Euler · mathématiques, optique et turbine | 10 | Le Corbusier · architecture, Modulor et Chandigarh |
| 20 | Horace-Bénédict de Saussure · géologie et exploration alpine | 20 | Arthur Honegger · musique et partition |
| 50 | Konrad Gessner · histoire naturelle, grand-duc et primevère | 50 | Sophie Taeuber-Arp · arts plastiques, relief et composition |
| 100 | Francesco Borromini · architecture de Sant’Ivo à Rome | 100 | Alberto Giacometti · sculpture, L’Homme qui marche |
| 500 | Albrecht von Haller · anatomie, circulation et respiration | 200 | Charles Ferdinand Ramuz · littérature et paysage vaudois |
| 1000 | Auguste Forel · entomologie, fourmis et fourmilière | 1000 | Jacob Burckhardt · histoire de la culture et Renaissance |
Références : SNB · Historische Banknotenserien · DHS · Auguste Forel
1995 : les arts prennent la verticale
La huitième série réunit architecture, musique, arts plastiques et littérature. Jörg Zintzmeyer fait de l’orientation verticale une véritable syntaxe. Les portraits sont amples ; les œuvres, les plans et les signes circulent d’une face à l’autre. La coupure conserve une couleur immédiatement identifiable, mais le dessin se lit comme une composition complète.
Le Corbusier, Arthur Honegger, Sophie Taeuber-Arp, Alberto Giacometti, Charles Ferdinand Ramuz et Jacob Burckhardt représentent des pratiques et des sensibilités différentes. Le billet de 50 francs donne ainsi une visibilité quotidienne à l’œuvre de Taeuber-Arp : géométrie, textile, danse et arts appliqués peuvent entrer dans un même récit. Le 200 francs remplace le 500 francs dans la gamme des valeurs.
L’image numérique entre dans le processus de conception. Les signes de sécurité doivent aussi pouvoir être repérés par le public : le billet invite à regarder ses transformations au lieu de réserver son authenticité aux seuls spécialistes. Cette série, introduite entre 1995 et 1998, est rappelée le 30 avril 2021. Elle perd alors son cours légal, mais reste échangeable à la BNS sans limite de temps, comme la sixième série. Statut monétaire et intérêt patrimonial suivent deux calendriers différents.
Fiche source · Droits
Références : SNB · Past banknote series · SNB · Cash supply and distribution
2016–2019 : montrer un pays par ses gestes
La neuvième série change de point de départ. Les portraits de personnalités disparaissent au profit d’un thème : « La Suisse aux multiples facettes ». Une main et un globe reviennent sur chaque coupure. Les gestes — diriger, tenir, offrir, explorer — établissent un lien entre une activité humaine, un élément et un lieu. La Suisse est représentée par ce qui s’y fait et par ses relations avec le monde.
Manuela Pfrunder, classée deuxième au concours de 2005, est chargée en 2007 de poursuivre le développement. Entre une proposition de graphiste et un billet utilisable, les années de travail portent sur les dessins, les encres, le support, la résistance et les moyens d’authentification. Orell Füssli imprime la série sur le support Durasafe de Landqart : deux couches de papier de coton entourent une couche de polymère. Les fenêtres et les effets optiques appartiennent à la matière même de l’objet.
La largeur commune de 70 mm et une progression de longueur par pas de 7 mm rendent l’ensemble plus compact que la série précédente. Les couleurs restent nettement différenciées. Reliefs tactiles, globe changeant d’aspect, bande de sécurité, croix et éléments visibles par transparence sollicitent des gestes simples : incliner, regarder, toucher. La sécurité n’est pas ajoutée après le dessin ; elle lui donne des contraintes et des ressources.
La reconnaissance internationale peut être située précisément : l’International Bank Note Society distingue le 50 francs pour 2016 et le 10 francs pour 2017. Ce sont les récompenses d’une association de collectionneurs, pas une mesure universelle de la qualité. Elles témoignent néanmoins de l’attention portée à cette synthèse entre narration, fabrication et lisibilité.
Fiche source · Droits
| Valeur / couleur | Thème et élément | Format réel |
|---|---|---|
| 10 · jaune | Organisation · temps : baguette de chef d’orchestre, horlogerie et réseau ferroviaire. | 70 × 123 |
| 20 · rouge | Créativité · lumière : prisme, cinéma et scène culturelle. | 70 × 130 |
| 50 · vert | Expérience · vent : pissenlit, montagnes et parapente. | 70 × 137 |
| 100 · bleu | Tradition humanitaire · eau : mains recueillant l’eau et bisse valaisan. | 70 × 144 |
| 200 · brun | Vocation scientifique · matière : axes de coordonnées et détecteur de particules. | 70 × 151 |
| 1000 · violet | Communication · langage : poignée de main, alphabet phonétique et Parlement. | 70 × 158 |
Formats documentaires en millimètres (largeur × longueur), sans reproduction à l’échelle. Les dates de série désignent un ensemble, pas la date d’émission de chaque coupure.
Références : SNB · The current banknote series · SNB · Life cycle: design and production · Landqart · IBNS Bank Note of the Year 2017
Les pièces : une autre durée des images
Le renouvellement des billets rend d’autant plus frappante la continuité des pièces. L’Helvetia debout, introduite au XIXe siècle sur les ½, 1 et 2 francs, demeure un repère quotidien. Le berger des Alpes de Paul Burkhard, sur la pièce de 5 francs depuis 1922, propose une autre figure nationale : un personnage de profil, concret et immédiatement reconnaissable.
Cette permanence des images ne signifie pas que le métal soit immuable. À la fin des années 1960, le cupronickel remplace l’argent dans les pièces concernées. La valeur faciale se détache davantage du prix du matériau. Le Vreneli d’or, apparu en 1897, suit une autre trajectoire : il appartient aujourd’hui à la mémoire numismatique et au marché du métal précieux plutôt qu’aux achats ordinaires.
Swissmint fabrique les monnaies de la Confédération ; la BNS en assure la mise en circulation. Ces fonctions sont distinctes de la création et de l’émission des billets. À travers elles, le franc apparaît comme un ensemble d’objets, de décisions et de métiers, davantage que comme un seul signe monétaire.
Références : Dictionnaire historique de la Suisse · Monnaies · Swissmint · FAQ · SNB · Cash supply and distribution
Une monnaie matérielle dans un monde numérique
Le paiement par carte, les applications et les virements rapides déplacent une partie des échanges hors du numéraire. Les paiements instantanés ont été lancés sur le marché suisse en août 2024. Le support change, mais il reste essentiel de distinguer le billet, dette de la banque centrale, des avoirs sur un compte auprès d’une banque commerciale.
Le projet Helvetia de la BNS expérimente de la monnaie numérique de banque centrale pour des établissements financiers, notamment pour régler des actifs tokenisés. Il ne s’agit pas d’un franc numérique distribué à toute la population. Le pilote, prolongé au moins jusqu’en juin 2028, ne vaut pas décision de mise en place permanente.
En parallèle, la BNS prépare une dixième série de billets sur le thème « La Suisse, tout en relief ». Le 4 mars 2026, elle annonce avoir retenu Emphase, sous la direction de Fabienne Kilchör et Sébastien Fasel. Le projet de concours devra encore être développé ; son aspect final peut évoluer, et une émission n’est pas attendue avant le début des années 2030 au plus tôt. La neuvième série reste donc celle de la circulation actuelle. Après tant de mutations, le billet conserve une fonction singulière : donner une forme visible, transmissible de main en main, à une confiance commune.
Références : SNB · Instant payments (2025) · SNB · Project Helvetia · SNB · New banknote series project · 4 March 2026
Repères chronologiques
- 1798
- Premier franc de la République helvétique
- 1850
- Création du franc fédéral
- 1907
- Ouverture de la BNS
- 1936
- Dévaluation face à l’or
- 1973
- Passage aux changes flottants
- 2016
- Début de la neuvième série
Sources & repères documentaires
Les références ci-dessous permettent de distinguer les textes historiques, les notices numismatiques et les annonces contemporaines. Les renvois en fin de chapitre conduisent aux documents utilisés. Les crédits de chaque image sont indiqués sous sa reproduction.
- Dictionnaire historique de la Suisse · Monnaies hls-dhs-dss.ch
- DHS · Monnaie / Geld / Moneta hls-dhs-dss.ch
- Musée national suisse · The franc and its predecessors blog.nationalmuseum.ch
- DHS · Franken hls-dhs-dss.ch
- Swissmint · FAQ www.swissmint.ch
- DHS · Banques d’émission hls-dhs-dss.ch
- SNB · How long has the Swiss National Bank existed? www.snb.ch
- SNB · Past banknote series www.snb.ch
- BNS · Chronique monétaire www.snb.ch
- SNB · Gold standard, deflation and depression (2003) www.snb.ch
- Commission indépendante d’experts · Final Report (2002) www.uek.ch
- SNB · Gold transactions in the Second World War (1999) www.snb.ch
- SNB · The Swiss National Bank 1907–2007 www.snb.ch
- SNB · Quarterly Bulletin 1/2000 www.snb.ch
- SNB · Minimum exchange rate, 6 September 2011 www.snb.ch
- SNB · After the minimum exchange rate (2015) www.snb.ch
- SNB · Historische Banknotenserien www.snb.ch
- DHS · Auguste Forel hls-dhs-dss.ch
- SNB · Cash supply and distribution www.snb.ch
- SNB · The current banknote series www.snb.ch
- SNB · Life cycle: design and production www.snb.ch
- Landqart · IBNS Bank Note of the Year 2017 www.landqart.com
- SNB · Instant payments (2025) www.snb.ch
- SNB · Project Helvetia www.snb.ch
- SNB · New banknote series project · 4 March 2026 www.snb.ch
Pour approfondir : Michel de Rivaz, The Swiss Banknote 1907–1997, Collection La Mémoire de l’œil, 1997 (ISBN 2-88100-080-0), ouvrage signalé par la BNS ; ses notices institutionnelles ont été utilisées ici.